Le tailleur. Ar kemener. Le cousou.

 

 


Comme le meunier, le tailleur était populaire dans les campagnes autrefois. Et comme le meunier, il était méprisé. Mais dans une proportion plus grande!

Il avait d'abord la réputation de ne pas être très honnête et d'oublier de redonner une partie des retailles à la personne qui se faisait faire un habit.

Mais, ce qui irritait le plus les paysans, c'était de voir le tailleur, assis sur son coussin, bien au chaud,à commérer avec les femmes de la maison, alors qu'eux devaient travailler dehors sous la pluie et dans le vent.

Pas étonnant alors que les pauvres tailleurs se fassent brocarder dans des dictons assassins!

Eur c'hemener ne ket denn

Mez eur c'hemener ned es kenn

Un tailleur n'est pas un homme

Mais ce n'est rien qu'un tailleur

Nao c'hemenerien

evit ober eunn denn

(il faut) neuf tailleurs

pour faire un homme.

En Haute Bretagne, on serait un peu moins méchant:

Trinité en trois personnes

Trois tailleurs pour faire un homme.

Mais les femmes, elles, aiment beaucoup le tailleur. Car il est souvent aimable, il connaît les potins de la paroisse, il est drôle. Et comme les hommes n'en veulent pas pour leur repas, il mange avec elles, qui le gâtent et lui choisissent les meilleurs morceaux.

Curieusement, dans les contes, les tailleurs sont plutôt décrits comme courageux. Ils n'hésitent pas, contrairement aux paysans à voyager la nuit, quitte à faire de mauvaises rencontres avec le Diable ou les Korrigans. Il faut dire qu'ils revenaient souvent tard de leur journée de travail. Et même là, ils ont de l'aplomb et arrivent à se tirer d'affaire. C'est un petit couturier bossu qui rencontre les korrigans sur la lande , se met à danser avec eux, leur apprend la suite de leur chanson et se retrouve sans bosse...

Mais, vous l'avez sûrement compris, ces descriptions sont trop catégoriques.

La mémoire collective est sélective et ne retient souvent que le côté caricatural des choses. Bon nombre de tailleurs étaient fort bien intégrés dans la société. Comme ils connaissaient bien les familles, on leur demandait souvent d'être intermédiaire pour arranger les mariages ( les bazvalans ou chaosse nères). De même, ils tempéraient souvent les prétentions de personnes qui souhaitaient des costumes au-dessus de leurs moyens, évitant ainsi de fâcheuses remarques à ces gens qui ne savent pas rester à leur place...

Et, fréquemment les tailleurs savaient lire et écrire. Il devenait alors bien utile lorsque l'on avait une lettre à expédier ou quand on en recevait une. C'est aussi pour cela que beaucoup d'entre eux étaient sacristains ou chantres.

On remarque que c'est toujours le tailleur dont on se moque. C'est une jalousie entre hommes. Car il existait des tailleuses, peu nombreuses il est vrai, mais on ne retrouve aucune trace de raillerie à leur égard.

Lorsque les machines à coudre ont commencé à apparaître dans les campagnes, les tailleurs se sont fixés dans les bourgs. Mais c'est aussi à partir de ce moment que la profession a commencé à beaucoup se féminiser et que les vêtements de confection ont fait leur apparition condamnant ainsi cette profession à une quasi disparition.