Le meunier. Ar miliner. Le mônier.

 

 

Le meunier était, autrefois, un personnage important dans la société rurale car il fabriquait la farine nécessaire pour le pain ou les galettes, base de l'alimentation paysanne.

Rappelons qu'avant la Révolution, chaque paysan devait aller moudre au moulin de la seigneurie, le choix était interdit.

Mais cette importance suscitait souvent jalousie et critiques. Le meunier, se payant en nature, (il prenait pour salaire une partie des céréales qu'on lui amenait à moudre) était accusé d'avoir la main lourde, d'être un peu voleur en somme.

De nombreux dictons nous le rappellent:

Dansez, p'tites pouchées,

Le blé perd à la mouture

Dansez, p'tites pouchées

Le blé perd chez les môniers.

Ou encore:

N'eus hardizhoc'h eget roched ur miliner

Rak bep mintin e pak ul laer

Rien n'est plus hardi que la chemise d'un meunier

Car chaque matin elle prend un voleur.

Pour les paysans, le meunier a une vie facile. Il n'a pas à se soucier des mauvaises récoltes et il aura toujours de quoi manger:

Ha pa rafe ar vilin nemet un dro krenn

Ar miliner 'zo sur d'och e grampouezhen

Même si le moulin ne donnait qu'un tour de roue

Le meunier est sûr d'avoir sa crêpe.

Les "pochonniers" ou "couroux d'pochée" allaient chercher le grain et ramenaient la farine. Manipuler les lourds sacs leur donnait force et adresse, ce qui explique que de nombreux meuniers étaient champions de lutte.

Les meuniers constituaient un peu une caste, se mariant fréquemment entre eux. Les filles de paysans se méfiaient de ces beaux parleurs toujours prêts à compter fleurette:

O sa barbe farinouse

S'i venaet à m'embrasser

J'arae la goule pâtouse!

 

On trouvait des moulins à vent, à eau et à marée.

Le mouvement, transmis par les ailes ou par la roue entraîne un axe qui actionne une meule "tournante" en rotation au-dessus d'une meule "dormante" fixe. Le grain arrive par une trémie en partie centrale de la meule puis ressort broyé par le côté et va ensuite dans un bluttoir où le son est séparé de la farine.

Les meules sont rayées de traits réguliers (les rayonnages) et ne doivent être ni trop lisses, ni trop rugueuses. Elles doivent donc être régulièrement rhabillées (martelées) par un amoulageur ou, le plus souvent , par le meunier lui-même.

Au XIXème siècle, il existait environ 8000 moulins en Bretagne, 5000 à eau, 3000 à vent et une centaine à marée. Tous ne servaient pas pour les céréales, certains servaient pour la fabrication du papier, pour le tan ou le teillage.

NB. Le tan est une poudre obtenue en broyant des écorces d'arbres, de chêne souvent, destinée au traitement des peaux pour obtenir du cuir. (le tannage)

Le teillage est l'opération qui consiste à broyer la partie ligneuse du lin ou du chanvre.